Vous êtes ici : TIC et nouvelles problématiques sociales > Puce communautaire > Récit d'expérience

:: Récit d'expérience />

Puce communautaire

De la Puce communautaire à la Puce ressource informatique .. 20 ans dans l’appropriation des technologies

L’expérience relatée ici, celle de La Puce communautaire devenue La Puce ressource informatique, est un cas unique et pionnier d’initiative d’économie sociale dans le champ des nouvelles technologies. Une réussite de plus de 20 d’existence, une vingtaine d’emplois réguliers (la moitié à temps plein, la moitié à temps partiel), un chiffre d’affaires annuel en croissance continue s’élevant aujourd’hui à environ 900 000 $, démarrée par trois femmes préoccupées par la réinsertion des femmes sur le marché du travail, puis par l’informatisation des organisations communautaires et syndicales de même que par l’informatisation de la petite entreprise locale et, finalement, par le développement de logiciels et d’applications informatiques. Le tout dans une perspective de revitalisation économique et sociale d’un quartier populaire de Montréal.

La Puce a été créée en 1984 afin de travailler à combler le décalage qui pourrait se produire entre le développement technologique et les capacités des individus à les utiliser, surtout parmi les secteurs populaires et en particulier pour les femmes. De cet organisme, fondé en tant qu’organisme sans but lucratif (OSBL), va naître une coopérative de travail " La Puce ressource informatique " en 1994, tout en gardant la structure OSBL active.

Cet organisme, né d’un projet de sensibilisation et de formation dans le quartier populaire Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, se caractérise par sa mission qui est de concilier à la fois des activités d’éducation populaire aux nouvelles technologies de l’information (NTI) pour les individus, à un volet de réinsertion au travail des femmes et des services de soutien technique et de gestion informatique pour les organismes communautaires, associatifs et syndicaux.

Le Projet initial

L’essentiel du projet de la Puce communautaire consistait à rendre accessible l’informatique à la population du quartier Hochelaga-Maisonneuve, en particulier à des femmes et des groupes communautaires. Pour cela, il fallait mettre sur pied un projet de formation et de soutien à l’utilisation du micro-ordinateur destiné aux personnes et aux organismes. À la différence des projets mis de l’avant par l’État et le système d’enseignement, et à ceux de l’entreprise privée, le projet de la Puce voulait rejoindre les groupes de population les moins favorisés du point de vue économique. Il s’agissait d’un projet de formation, sans finalité lucrative, dont le succès était lié à la formule de fonctionnement de l’organisation communautaire, à l’adoption d’une méthodologie de travail souple ainsi qu’à une approche pédagogique qui prenait en considération les caractéristiques particulières de cette clientèle.

Ainsi, dès le début de ses opérations, la Puce a orienté ses activités en fonction de trois programmes spécifiques : " Grand Public ", " Ressources Informatiques " et " Formation Professionnelle ". Le premier objectif des promotrices de la Puce a toujours été orienté en fonction de la vulgarisation et de la formation populaire en informatique, tout d’abord en démystifiant la " machine " qu’est l’ordinateur. Ensuite, il fallait démontrer comment l’individu peut se l’approprier, et finalement, ouvrir aux gens une perspective de réflexion sur la façon dont les nouvelles technologies ont des répercussions dans la vie de tous les jours et sur la société.

Le programme " Grand Public ", initialement appelé " Activités de sensibilisation et d’initiation ", se traduit par des ateliers d’introduction à la micro-informatique et à la formation à des logiciels de base. Ses activités sont destinées à " monsieur et madame tout le monde ", allant des chômeurs, des travailleurs à faible revenu aux étudiants et aux ménagères. Ce programme vise à permettre d’apprivoiser le micro-ordinateur, à offrir une connaissance de base sur les aspects les plus connus de l’informatique et à vérifier les intérêts et les vis-à-vis de cet outil. Dans ce programme, on cherche aussi à susciter une réflexion et des échanges autour du phénomène des nouvelles technologies dans la société.

Le programme " Ressources informatiques " est conçu pour la clientèle des groupes populaires. Les services offerts se concentrent autour des démarches d’apprentissage visant à intégrer l’utilisation du micro-ordinateur dans les différentes fonctions de l’organisme ( comptabilité, secrétariat, service à la clientèle) ou en d’autres démarches se rapportant à l’informatisation de leur travail.

Enfin, le programme " Formation Professionnelle ", mis sur pied dans la deuxième année d’existence de la Puce, vise le développement socioprofessionnel pour réussir une démarche de retour au travail. Ce programme comporte un volet de formation en bureautique donnant accès à une attestation.

Selon les informations recueillies, on relève que dans les années d’émergence de la Puce, l’informatique était perçue négativement par la population et par les groupes communautaires qui voyaient l’informatique comme inhumaine, coupant les emplois, changeant les rapports de travail collectifs au profit d’un travail individuel à la machine. Les fondatrices croyaient, au contraire, qu’il était possible de " poser des actions sociales concrètes en vue d’une démocratisation des connaissances informatiques dans la population des profanes de l’informatique, en particulier auprès de ceux et celles qui sont les plus démunis dans le processus d’informatisation de la société québécoise ". Cette attitude, qui est exprimée dans ce que nous appelons l’appropriation sociale des technologies de l’information et de la communication, fait partie d’une stratégie offensive par rapport aux changements technologiques. Nous entendons par appropriation sociale des technologies de l’information et de la communication, à cette époque (années 1980), l’effort d’un groupe pour se doter d’un minimum nécessaire et suffisant de connaissances techniques, théoriques et critiques ainsi que d’un savoir-faire lui permettant d’avoir un contrôle relatif sur l’utilisation de la micro-informatique. Il ne s’agit pas seulement de réfléchir sur le sujet des technologies et de négocier leur implantation dans la société et de ses différents espaces, mais de connaître et de maîtriser l’outil, d’acquérir une connaissance de l’informatique, de développer une culture informatique. Il s’agit de permettre à certaines couches de la population - celle du quartier Hochelaga-Maisonneuve - de suivre l’évolution du phénomène sans se voir marginalisées ni exclues par la méconnaissance de cette technologie. Il s’agit également de permettre aux organismes de la communauté d’accéder à ce virage technologique.

Et depuis,

La Puce a constamment évolué en fonction des besoins des membres de la communauté et des organismes sociaux et de la rapide évolution des technologies. La Puce s’est donné les moyens pour poursuivre sa mission et pour affronter la nouvelle vague d’informatisation de la société propulsée par le développement d’Internet et par des activités en réseau. C’est grâce aux changements qu’elle opère que la Puce se place dans des conditions propices à développer, en partenariat avec d’autres institutions, d’importants nouveaux projets

Mentionnons, entre autres, le projet Communautique qui est devenu un organisme autonome en 1999. Ce projet vise à mettre les TIC au service des milieux communautaires et populaires ainsi qu’au service des citoyens potentiellement exclus. Il n’aurait pu voir le jour sans un la concertation et l’expertise de deux institutions. D’une part, l’expertise technique et d’éducation populaire apportée par la Puce communautaire et d’autre part, la contribution de l’ICÉA à la vision des enjeux sociaux que comportent les technologies de l’information.
En résumé, la Puce depuis ses débuts présente ce bref bilan de ses réalisations:

  • Des activités d’animation et de vulgarisation informatique chez " monsieur et madame tout le monde " (au-delà de 15 000 personnes).
  • Des formations en développement de compétences informatiques (18 000 inscriptions).
  • Des projets de formation en développement de l’employabilité ayant rejoint 160 personnes (femmes, chômeurs et analphabètes fonctionnels)
  • La formation de 120 secrétaires spécialisées en traitement de texte et comptabilité
  • Le soutien à l’informatisation de plus 550 organismes communautaires
  • Plus de 21 000 heures de service technologique
  • La réalisation de 10 logiciels sur mesure.

Une expérience concluante

Ainsi, cet organisme, né d’un projet de sensibilisation et de formation dans le quartier populaire Hochelaga-Maisonneuve à Montréal représente une expérience novatrice de développement d’une entreprise d’économie sociale.

Voilà matière à défaire plusieurs préjugés défavorables à l’économie sociale à savoir:

  1. que les entreprises d’économie sociale ne peuvent émerger dans les secteurs de pointe de l’économie et qu’elles se situent quasi-exclusivement dans les secteurs en déclin de l’ancienne économie;
  2. que des entreprises de cette envergure et de cette constance dans la croissance ne peuvent être démarrées et dirigées par des femmes;
  3. que ce type d’entreprise ne peut être viable en consacrant une bonne partie de son travail auprès de clientèles défavorisées et dans un environnement de milieux populaires.

Voilà qui peut faire réfléchir!


Puce communautaire - 17 mai 2005

Politique de confidentialité | Politique d'accessibilité
La création 'Espace associatif.org' est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
Contrat Creative Commons Communautique 2004.

Le développement de cet espace en ligne a été rendu possible grâce à l'appui financier du Fonds de l'autoroute de l'information du Conseil du Trésor du Québec et du programme Francommunautés Virtuelles d'Industrie Canada et des Programmes de financement de Culture canadienne en ligne de Patrimoine Canada.

Gouvernement du Québec Gouvernement du Canada