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La marche mondiale des femmes

Montréal

La Marche mondiale des femmes est un mouvement dont la cause est celle des femmes et l’un des outils privilégiés pour son action, le réseau Internet. En effet, c’est en bonne partie grâce à l’utilisation stratégique de son site Web (www.ffq.qc.ca/marche2000/index.html) et du courrier électronique que ce mouvement mobilise actuellement près de 6000 groupes de femmes partout à travers le monde. Leur liaison virtuelle a connu son point d’aboutissement en octobre 2000 lorsque 10 000 femmes ont marché dans les rues de New York pour faire connaître au monde entier leurs revendications. Deux jours plus tôt, à Washington, leurs représentantes rencontraient les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale.

Concrètement, Internet a servi de façon soutenue à la coordination et à l’organisation de la Marche mondiale dont les bureaux sont situés à Montréal dans les locaux de la FFQ. Les organisatrices de la Marche mondiale ont réussi à créer un réseau international de communications appuyant à la fois l’aspect logistique de la Marche et l’important travail de sensibilisation à la cause des femmes. Mais surtout, l’expérience de la Marche constitue un exemple de l’usage des TIC à des fins de mobilisation et d’action politique dans un contexte de mondialisation de la solidarité féministe.

Internet : un outil complémentaire aux rencontres des groupes

L’idée d’organiser une Marche mondiale, lancée en 1997, se concrétise lors d’une première rencontre internationale à l’automne 1998. Des déléguées en provenance de 45 pays parviennent dès cette rencontre à établir une plate-forme globale de revendications obtenue par consensus. Il faut dire que les discussions avaient été préalablement entamées dans le cadre d’un vaste mouvement de consultation à l’échelle internationale grâce à la diffusion sur le site de la Marche mondiale des bulletins de liaison et des documents préparatoires à la rencontre en plus de les avoir envoyés par la poste régulière. Ainsi, bien avant cette première rencontre internationale, les femmes ont pu échanger, dans leur pays d’origine, à propos des thématiques globales qu’elles souhaitaient voir figurer dans le cahier des revendications mondiales. Dès décembre 1999, certaines éditions des bulletins de liaisons étaient envoyées par courriel au moyen de trois listes de distribution, selon la langue des participantes. Au fil du temps, la majorité des bulletins de liaison ont été transmis par courrier électronique.

Un relais d’information qui favorise la mobilisation politique

Suite à la rencontre de l’automne 1998, la plate-forme et le compte-rendu de la rencontre furent diffusés sur le site de la Marche mondiale pour faciliter l’arrimage des activités nationales au mouvement international. Ainsi, dans chacun des pays participants, les femmes ont pu débattre des enjeux soulevés par les revendications mondiales et ce, en regard de leur propre situation politique, économique et sociale. Des documents d’informations ont aussi été mis en ligne en vue de soutenir le travail autour des revendications nationales et favoriser les activités de mobilisation.

Grâce au réseau Internet qui reliait les groupes participants, les coordinations nationales et l’organisation mondiale située à Montréal, toutes les femmes ont pu être informées rapidement des actions qui s’organisaient aux quatre coins du monde. Elles se voyaient ainsi, non pas isolées dans leur région d’Afrique ou d’Asie, mais très proches les unes des autres au niveau politique. Au cours de l’année 2000, une série d’événements nationaux se sont déroulés dans plusieurs pays qui s’inspiraient tous de la plate-forme internationale de revendications. Ces actions nationales furent toutes affichées dans un calendrier d’activités accessible par le site Web. De plus, les organisatrices de Montréal ont créé un accès public à la liste des groupes participants. Cette base de données peut-être interrogée au moyen d’un outil de recherche sur le site de la Marche (www.ffq.qc.ca/marche2000/dyn/recherche.php3).

Grâce à tous ces outils, plusieurs femmes ont pu apprendre l’existence de groupes qu’elles ne connaissaient pas auparavant et l’on a constaté la liaison de certains d’entre eux qui n’avaient jamais travaillé ensemble avant leur collaboration pour la Marche. Le réseau de communications à eu un effet rassembleur, tant à l’échelle nationale qu’internationale, grâce à la prise de conscience d’appartenir à un vaste mouvement chez chacune des femmes.

L’importance de la rapidité des communications pour la Marche

Le réseau Internet permettait également de rester "branchées" sur l’organisation concrète de la Marche. Par exemple, le lieu précis du rassemblement à New York n’a été déterminé qu’un mois avant la date prévue pour la Marche. Il a donc fallu faire passer cette précieuse information très rapidement aux groupes participants. Les organisatrices de la Marche ont demandé à chacune des coordinations nationales de contacter les groupes qui ne pouvaient être rejoints par courrier électronique ou par télécopieur en leur faisant parvenir l’information autrement, par téléphone ou par la poste, à partir de leur pays. Au fur et à mesure que l’on approchait de la journée de la Marche, les organisatrices devaient compter sur des moyens rapides de communiquer. Il fallut donc remplacer les moyens de communications "traditionnels". À ce moment, les envois se faisaient presque exclusivement par courriel ce qui avait malheureusement pour effet de ne rejoindre que la moitié des groupes participants. Par ailleurs, la Marche mondiale a dû abandonner son souhait d’instantanéité dans la diffusion d’informations sur Internet étant donné l’aspect trilingue des contenus puisqu’il fallait attendre quelques jours, parfois plus dans les cas de documents imposants, afin de pouvoir les diffuser dans les trois langues.

Les listes de discussion : un outil de travail sous-utilisé

En complémentarité aux multiples fonctions de son site Internet, la Marche mondiale a voulu développer l’utilisation des listes de discussion comme outil de travail pour des comités virtuels et pour les coordinations nationales. La diversité linguistique des échanges, dont les contenus ne pouvaient pas toujours faire l’objet d’une traduction systématique, a complexifié les communications et a découragé plus d’une abonnée. Les problèmes d’incompatibilité pour l’ouverture des fichiers joints a également semé la confusion. Les organisatrices ont finalement pris la résolution d’interdire à l’avenir les documents attachés afin de simplifier les échanges.

Elles ont également tenté l’expérience d’un forum interactif accessible par accès direct sur le site dans lequel les membres du comité de suivi, formé à la suite de la rencontre d’octobre 2001, ont été inscrites. Conçu comme un outil de concertation, l’animatrice du forum voulait créer une apparence de simultanéité des échanges pour contourner le décalage du rythme des discussions souvent ressenti lors de la participation aux listes habituelles.

Les participantes étaient invitées à donner leurs commentaires sur cinq questions posées par l’animatrice tout en ayant la possibilité de commenter les propos de leurs interlocutrices. Le contenu du forum était bonifié du contenu de chacune des interventions qui s’affichaient automatiquement parmi les autres commentaires. La participation au forum n’a pas été aussi forte que l’avait espéré les organisatrices de Montréal. Selon l’animatrice et la conceptrice du forum, il aurait fallu que les participantes se rencontrent en personne avant de commencer à travailler ensemble dans un cadre virtuel. Il aurait peut aussi été préférable de contacter une à une les membres du comité afin de se rendre une fois avec elles à l’emplacement du forum : certaines ont dit ne pas avoir réussi à s’y rendre.

Pour la responsable du site Web de la Marche mondiale, il est crucial de continuer à sensibiliser les femmes sur le potentiel de ces différents moyens de communications virtuels en soutien au travail des différents comités de la Marche. Les réticences face à l’usage des TIC font parfois qu’elles y voient des outils plus compliqués à utiliser qu’ils ne le sont réellement. Une chose est cependant certaine : lorsque des outils sont développés, il faut les conserver même s’ils n’ont pas eu autant de succès que l’on avait prévu. Ces outils peuvent toujours être améliorés à la lumière des commentaires des abonnées et susceptibles d’être réutilisés éventuellement : il faut éviter de refaire la roue à chaque fois que l’on souhaite faire appel aux TIC comme outil de travail.

L’utilisation d’Internet par la Marche mondiale : des retombées prometteuses pour les mobilisations à venir

Internet n’a pas remplacé le travail de sensibilisation et de mobilisation effectuée par chacune des coordinations nationales mais l’a très certainement soutenu. D’une centaine de groupes participants au tout début de l’organisation de la Marche mondiale, le mouvement en compte actuellement près de 6 000. Les organisatrices qui ont vu l’évolution du mouvement depuis ses premières formulations en 1997 ont également goûté aux retombées positives de l’utilisation d’Internet sur leur travail : la mobilisation de milliers de femmes en provenance de partout dans le monde et la rencontre de représentantes de la Marche avec les hauts responsables du FMI, de la Banque mondiale et de l’ONU où a été déposé un total de 5 millions de signatures de cartes d’appui. Parmi cette masse d’appuis, la Marche mondiale en a recueillis 5 000 par voie électronique, ce qui laisse dire à la responsable du site qu’«Internet c’est aussi une façon de se manifester comme citoyenne en autant que les groupes qui veulent connaître ton opinion te le demandent par ce moyen-là».

Que ce soit par la rapidité ou l’efficacité gagnées lors de l’acheminement des informations cruciales pour l’action des groupes, Internet demeure un outil indispensable pour les activités futures de la Marche mondiale qui peut désormais compter sur un important réseau de communication mondial. La diffusion sur son site du Bilan international multimédia de la Marche 2000 sera l’occasion de donner un nouvel élan tant au site web qu’au mouvement. Le bilan du passé inspirera sûrement les actions futures et celles-ci intégreront certainement un usage politique d’Internet.

Une participation toute spéciale à la Marche mondiale des Femmes

Une participante inscrite aux activités d’alphabétisation du CÉDA (Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et de St-Henri), situé dans le Sud-Ouest de Montréal, a fréquenté le point d’accès de l’organisme à l’été 2000. En même temps que la Marche s’organisait, cette femme, mère de famille monoparentale, s’est découvert un intérêt marqué pour l’utilisation des TIC. Elle cherchait différentes façons d’intégrer cet intérêt pour les TIC à sa démarche d’apprentissage. La recherche sur Internet lui a permis d’améliorer ses compétences en lecture et en écriture tout en élargissant ses horizons.

«Un jour, elle a établi une relation de correspondance par courriel avec une personne originaire du Bénin. C’est en effectuant des recherches sur ce pays qu’elle a lu des articles sur les femmes de partout dans le monde qui s’organisaient autour du thème de la Marche. C’est ainsi qu’elle a créé, au CÉDA, un groupe de personnes intéressées à suivre sur Internet les développements concernant l’activité et à y participer. Elle a d’ailleurs été une des leaders de la Marche dans le Sud-Ouest. Pour elles et les autres femmes, il s’agissait d’une première prise en charge, d’un premier geste de solidarité. Elles ont brisé l’isolement et sont maintenant des membres actives de leur communauté».

Adresses Internet :

Site de la Marche mondiale : www.ffq.qc.ca/marche2000/index.html
Liste des groupes participants à la Marche : www.ffq.qc.ca/marche2000/dyn/recherche.php3



Ce récit est la version intégrale du témoignage recueilli par Communautique et publié en version imprimée en juin 2002.

Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Québec, 2002
ISBN 2-9807167-2-3
© Communautique, juin 2002


La marche mondiale des femmes - 16 novembre 2004

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