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carrefour d'éducation populaire de Pointe Saint Charles

Les moments marquants de l’implantation de l’informatique au Carrefour d’éducation populaire de Pointe Saint-Charles

En 1989, au moment où nous avons introduit les premiers ordinateurs au Carrefour, personne ne pouvait prévoir l’ampleur des changements que provoquerait l’arrivée de ces nouveaux outils. Chez nous, l’introduction des nouvelles technologies s’est d’ailleurs faite de façon progressive. Au départ, l’ordinateur ne devait être qu’un outil de travail pour les intervenantes. Nous étions à cette époque fortement encouragés à faire un premier pas vers les nouvelles technologies, et l’approche préconisée par des organismes comme la Puce communautaire, qui consistait à démystifier et à rendre ces nouveaux outils accessibles, nous a permis de faire le saut.

• En alphabétisation
C’est en alphabétisation que les premiers ordinateurs ont été mis à la disposition des participants. L’intérêt pour les nouvelles technologies s’est d’abord manifesté à partir de besoins bien précis comme l’utilisation du guichet automatique. Ensuite, grâce à un don de la commission scolaire, nous avons pu introduire l’ordinateur parmi nos outils pédagogiques en offrant des ateliers d’alphabétisation assistée par ordinateur. Nous voulions suivre la route ouverte par d’autres groupes populaires et faire de l’ordinateur un outil pédagogique auprès des personnes analphabètes. En effet, dès 1989, le groupe d’alphabétisation populaire Lettres en main, en collaboration avec le Centre québécois de recherche sur les applications pédagogiques de l’ordinateur, publiait un document intitulé Touche et retouche. Le lancement de ce guide par l’alphabétisation populaire marquait le succès de deux entreprises téméraires, soit l’utilisation de l’ordinateur par un groupe de personnes faiblement alphabétisées et l’élaboration d’une approche pédagogique originale et concluante. L’initiative de Lettres en main semblait peu réaliste, voire utopique, et pourtant elle a marqué un tournant important dans le cheminement pédagogique des groupes populaires.

Depuis 1995, tous les ateliers d’alphabétisation du Carrefour comprennent un volet d’apprentissage technique d’utilisation de l’ordinateur (traitement de texte) lié à l’apprentissage notionnel du français et du calcul. Nous animons aussi des ateliers d’initiation à l’ordinateur pour les personnes faiblement alphabétisées, où celles-ci ont la possibilité de se familiariser avec cet outil et d’explorer davantage les différents logiciels.

• Au Carrefour
L’enthousiasme marqué des participants ainsi que leur intérêt soutenu et croissant pour l’informatique ont ouvert un nouveau champ d’activité et de recherche, qui aujourd’hui occupe une place prépondérante au Carrefour. Or la route a été, il va sans dire, ponctuée de débats passionnés et de réflexions sur la pertinence de nos interventions en regard de notre mission, sur les grands enjeux de l’informatique pour les populations marginalisées et sur le sens de la conscientisation dans un tel contexte. Nous étions partagés entre la peur et la passion.

En 1999, l’équipe du Carrefour a entrepris, en étroite collaboration avec Communautique, une démarche de réflexion collective sur les enjeux économiques et sociaux de l’utilisation des nouvelles technologies, sur l’apport de celles-ci et leurs pièges ainsi que sur les peurs et les engouements qu’elles suscitent. Nous nous questionnions sur la place que de tels outils devraient prendre dans une communauté comme la nôtre où des problèmes comme la violence, la faim et l’analphabétisme demeuraient encore, malheureusement, au centre des préoccupations d’une trop grande partie de la population. Nous voulions vérifier la pertinence de nos choix sur le plan tant social, économique, politique que pédagogique.

Nous souhaitions que la population que nous rejoignions profite pleinement des ressources que nous lui offrions et que les gains qu’elle ferait servent, pratiquement, à augmenter sa chance d’améliorer ses conditions de vie et favorisent l’accès à des champs sociaux qui lui étaient injustement inaccessibles.

Nous sommes finalement arrivés à la conclusion que l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication était devenu un incontournable pour la population que nous rejoignions, si nous voulions réduire l’écart entre les classes sociales et poursuivre notre lutte à l’exclusion. En effet, nous croyons que l’accès limité au monde de l’informatique et par conséquent à la société informatisée devient un obstacle supplémentaire et majeur au plein exercice de la citoyenneté. Les personnes faiblement alphabétisées et peu scolarisées sont encore une fois marginalisées et exclues.

À la suite de cette réflexion, le Carrefour s’est doté d’un laboratoire informatique où la population pouvait s’inscrire à différents ateliers. Il est aussi devenu un point d’accès Internet pour la communauté de Pointe Saint-Charles. L’approche du Centre en informatique repose maintenant sur la volonté collective de développer et sur le travail d’équipe fondé sur les compétences et les intérêts de chaque personne.

1.3 Des ateliers d’alphabétisation assistée par ordinateur
Dans le contexte des ateliers d’alphabétisation, l’ordinateur est un outil au service de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, et son utilisation se résume au traitement de texte. Si les participants désirent pousser plus loin leur exploration, ils s’inscrivent alors aux ateliers d’informatique. Les plus aventureux ont aussi la possibilité de venir s’exercer pendant les ateliers libres ou encore d’apprendre à naviguer sur Internet.

L’implantation des nouvelles technologies en tant qu’outils pédagogiques en alphabétisation s’est d’abord faite lentement et de façon intuitive. Les formatrices ont vite compris les enjeux sociaux liés au développement rapide des nouvelles technologies, tant pour elles que pour les participants. Elles devaient cependant s’adapter aux nouveaux contextes, se former et élaborer une analyse critique de la situation tout en tentant de démystifier ces outils auprès des personnes analphabètes et de les introduire dans leurs pratiques. Transmettre en même temps qu’on apprend, sans nécessairement maîtriser les outils ou les connaissances, est une situation peu commune pour des formatrices et, il faut bien l’admettre, peu confortable. Enseigner dans l’incertitude et le doute occasionne facilement des dérapages, sans parler des difficultés techniques nombreuses et souvent insolubles. Cette situation aurait facilement pu décourager même les plus tenaces et les plus convaincues. Nous avons d’ailleurs douté, perdu patience et parfois même abandonné le temps de reprendre notre souffle.

Nous nous sommes beaucoup questionnées. Valait-il la peine de tant investir dans l’aspect technique ? Étions-nous prêtes à consacrer tant de temps à l’organisation des ateliers au détriment peut-être de la recherche pédagogique ? Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? Il fallait continuer à se former, devenir plus à l’aise et plus polyvalentes dans nos pratiques. Quel serait l’impact sur nos pratiques à plus long terme ? Irions-nous jusqu’à repenser notre approche et nos interventions ? D’autre part, ces outils allaient-ils créer des obstacles supplémentaires pour nos participants ? Quelle pourrait être leur influence sur leur motivation ? Seraient-ils une source de peur ou de curiosité ? La situation d’apprentissage allait-elle, en partie, nous échapper ?

Malgré tout, portées par les irréductibles, inspirées par les expériences tentées ailleurs, soutenues par l’intérêt marqué de nos participants et grâce aux ressources communautaires qui se sont peu à peu développées, nous avons réussi à comprendre nos nouvelles pratiques et à mettre en place les éléments indispensables à la poursuite de nos activités et de nos projets. Nous avons souvent fonctionné par essais et erreurs ! Nous nous sommes documentées, informées. Nous revenions sans cesse à nos interventions. Nous avons appris à questionner et à évaluer nos nouvelles pratiques. Peu à peu, nous avons appris à faire de l’ordre et à discerner les différents aspects de la situation. Au Carrefour, certains sont devenus plus compétents techniquement, d’autres ont poursuivi les expérimentations avec les participants, et enfin, certaines se sont lancées dans la recherche pédagogique.

1.4 L’alphabétisation et le monde de la recherche
Dans la foulée de son intérêt pour l’informatique et fidèle à sa tradition, le secteur de l’alphabétisation a amorcé en 1997 une recherche qui a abouti à la publication d’un répertoire de logiciels éducatifs rendant compte de la pertinence de leur utilisation en alphabétisation, intitulé L’ABC des logiciels . Les formatrices ont d’ailleurs organisé, à l’occasion du lancement de ce répertoire, un café électronique auquel elles ont convié les organismes du milieu, les participants et la population de Pointe Saint-Charles. Chacun a pu découvrir et explorer les logiciels mis à sa disposition. Les apprenants étaient enthousiastes. L’informatique semblait constituer une porte d’entrée à privilégier pour le recrutement. Bref, L’ABC des logiciels donnait un élan au développement. Le projet s’est d’ailleurs poursuivi et on a produit le deuxième tome de L’ABC des logiciels .

Voilà comment l’enthousiasme des participants en alphabétisation, les besoins exprimés par la population de Pointe Saint-Charles, la fascination et la passion de certains membres de l’équipe du Carrefour ont provoqué la réflexion et donné le coup d’envoi à l’implantation des nouvelles technologies.


carrefour d'éducation populaire de Pointe Saint Charles - 28 juin 2005

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